Constituer un capital social auprès des communautés autochtones

12 avril 2022

Constituer un capital social auprès des communautés autochtones

Résumé
8 minutes de lecture

Le capital social d’une personne ou d’une organisation dépend de son auditoire et de ses efforts de réseautage, que ce soit à l’échelle locale ou mondiale.

Jonathon Mitchell, directeur principal, a joint les rangs de MNP en février 2021. Il occupe aussi les fonctions de vice-président de la corporation de Colombie-Britannique de Chaîne d’approvisionnement Canada et de trésorier du All Nations Trust. Jonathon est titulaire d’une maîtrise en affaires et en leadership autochtones de l’Université Simon Fraser.

Fier membre de la nation Westbank, il y a exercé de hautes fonctions en finance pendant plus de huit ans. Durant cette période, il a découvert les possibilités qui s’offrent aux nations autochtones, ce qui l’a inspiré à mettre les compétences qu’il avait acquises à contribution dans le secteur privé.

Vous pouvez consulter le profil LinkedIn de Jonathon ici.

Carter Wilson est entré au service de MNP à l’été 2016 comme stagiaire. Aujourd’hui, il occupe un poste de directeur et possède une expertise en services-conseils, en certification et en comptabilité. Sa fonction principale est d’aider les communautés autochtones à améliorer leur gestion financière, tant sur le plan des politiques que celui des systèmes et logiciels. Il a obtenu le titre de CPA en 2018.

Carter appartient à la Première Nation Peguis du Manitoba et détient un baccalauréat en commerce de l’Université du Manitoba. Adepte du bénévolat, il a à cœur l’amélioration de sa communauté.

Vous pouvez consulter le profil LinkedIn de Carter ici.

Quelle est votre définition du capital social?

Jonathon : Le capital social d’une personne ou d’une organisation dépend de son auditoire et de ses efforts de réseautage, que ce soit à l’échelle locale ou mondiale. Il reflète leurs interactions avec leur communauté et leur public cible.

Carter : Le capital social, c’est l’opinion que fondent les membres de votre communauté à votre égard. Celle-ci repose sur vos efforts visant à connaître les membres de la sphère autochtone, à l’échelle régionale ou nationale, et les points de vue qu’ils défendent.

Le capital social dépend-il en partie des bons rapports qu’entretiennent les parties?

Carter : Je pense qu’il serait très difficile d’avoir de bons rapports avec tout le monde, même si vous êtes très populaire. Il y a beaucoup de diversité au sein de la sphère autochtone. Par exemple, bien que Jonathon et moi soyons tous deux autochtones, nos pratiques culturelles sont très différentes.

Le fait d’avoir rallié bon nombre de personnes ne vous dédouane pas de certains devoirs. Les gens vous comprennent et vous devez vous efforcer d’en faire autant à leur égard.

Jonathon : Le capital social peut être négatif. À titre d’autochtones, nous faisons de notre mieux pour être positifs, avancer et avoir une vision progressiste, à l’image de MNP.

Nous devons être à la fois déterminés et respectueux. Dans la sphère autochtone, nous devons d’après moi briser les préjugés négatifs et miser sur le capital social positif.

Pour quelles raisons est-il important de constituer un capital social auprès des communautés autochtones?

Carter : La confiance est la pierre d’assise de mes interactions. Je me demande toujours dans quelle mesure la personne à qui je parle est digne de confiance.

Chez les autochtones, la confiance qu’on suscite dépend des personnes que l’on connaît. Par exemple, aux yeux des membres de ma communauté, je suis le fils de Terry. Ils m’accordent de la crédibilité et une confiance accrue parce que je suis l’enfant de quelqu’un qu’ils connaissent. Or, une communauté peut vous ouvrir ses portes pour d’autres raisons.

Pour gagner sa confiance, vous devez avant toute chose accumuler un capital social.

Jonathon : Sur les réseaux sociaux, votre opinion sur certains sujets joue sur le capital social à votre égard. Vous devez être conscients de l’importance de ces appuis. Les organisations et les personnes auxquelles vous vous associez de même que votre propre organisation sont le reflet et l’extension de qui vous êtes. Elles ont par conséquent une incidence sur votre capital social.

Les communautés autochtones font-elles connaissance avec ceux qui les approchent avant d’accepter une collaboration?

Carter : Un projet avancera plus rondement si une relation de confiance est instaurée au préalable. J’ai vu des projets aboutir malgré une confiance fragile, mais le taux de réussite est beaucoup plus important si l’on jette des bases solides.

Jonathon : Une proposition de projet est toujours intéressante, car elle dépend des deux parties. Je pense que les nations autochtones ont plutôt tendance à choisir leurs partenaires d’après des affinités globales, des valeurs et des relations d’affaires, contrairement à une entreprise typique qui place plus d’importance sur les prix ou d’autres critères de ce type.

Si l’on veut constituer un capital social, je crois qu’il est essentiel de nouer des relations et d’appliquer des modèles fondés sur la confiance. L’affinité globale entre les parties et la concordance de leurs valeurs ont plus d’importance pour une communauté autochtone que pour une société, et sont essentielles pour la création d’une relation d’affaires durable.

Comment établit-on un lien de confiance avec quelqu’un dont on n’a pas encore fait la connaissance?

Carter : Tout commence par un effort de compréhension. Les groupes autochtones sont très différents les uns des autres. Il faut donc éviter de tomber dans la généralisation et supposer qu’ils ont tous les mêmes intérêts. Ces groupes font face à de nombreux enjeux. Prenons par exemple la question des pipelines. Dans la sphère autochtone, certains sont pour ces canalisations et d’autres s’y opposent. Vous devez donc apprendre à connaître le groupe avec lequel vous collaborez plutôt que de vous fier à une certaine perception de la réalité autochtone.

Jonathon : Les organisations doivent se montrer humbles. Elles ne doivent en aucun cas supposer tout connaître d’une nation, de l’évolution d’un projet ou de la concrétisation d’une occasion. Une attitude prudente et respectueuse va grandement faciliter leurs interactions.

Nous recommandons aux sociétés américaines et canadiennes qui nous demandent conseil de toujours faire preuve d’humilité.

À votre avis, la transparence est-elle un moyen d’établir un lien de confiance?

Carter : Je m’exprime toujours avec franchise.

J’aimerais souligner que la transparence est une question complexe dans la sphère autochtone. Elle est souvent synonyme de « transparence financière » et peut donc parfois servir d’arme.

Cela dit, je crois qu’elle est essentielle dans le cadre d’une relation de travail. Il ne faut pas avoir peur de dire ce que vos partenaires ne veulent peut-être pas entendre. La franchise contribue à l’établissement d’un lien de confiance. Dans le monde des affaires, un responsable des ventes va rarement souligner les difficultés auxquelles on pourrait se heurter. Or, celles-ci peuvent être importantes à connaître.

Par exemple, si j’effectue la mise en place d’un logiciel, je vais avertir mes clients qu’elle ne se déroulera pas sans anicroche. Si vous êtes franc, vous gagnerez le respect de la communauté avec laquelle vous souhaitez travailler.

Jonathon : Pour constituer du capital social, il est important d’annoncer clairement ses intentions, car il y a beaucoup de méfiance et de préjugés à surmonter.  Que vous soyez une entreprise ou une communauté autochtone, il est facile d’être sur ses gardes au moment d’entamer un échange. Une attitude positive, de la transparence et des intentions claires demeurent la clé de la réussite.

Ce dernier point est essentiel, car tout ne sera pas nécessairement rose. Comme l’a dit Carter, on peut connaître des difficultés lors d’un projet, tout comme on peut devoir surmonter des obstacles dans une relation d’affaires, dans l’exercice du leadership ou même sur le plan personnel. Faire accroire que tout ira bien ne suscitera pas la confiance du client. C’est plutôt le contraire, il faut donc se montrer réaliste.

De quels outils dispose-t-on pour développer son réseau?

Jonathon : J’aime tirer parti des sphères et des institutions auxquelles j’appartiens déjà, comme Chaîne d’approvisionnement Canada, et de mon statut de diplômé de l’Université Simon Fraser.

Je crois qu’on peut facilement se constituer un capital social positif auprès de la communauté, des institutions et des groupes auxquels on appartient en utilisant des outils comme les réseaux sociaux.

Une communauté autochtone jouit rarement d’une position qui lui permet d’entrer en contact avec une entreprise. Cela dit, même si c’était le cas, elle ne prendra vraisemblablement pas l’initiative. Qu’elle souhaite s’adresser à des particuliers ou à toute une communauté, une entreprise devra probablement faire le premier pas, en faisant preuve d’humilité, de prudence et de respect.

Carter : L’université où j’ai étudié a été ma porte d’entrée dans la communauté. J’ai commencé par faire des études, et tout est venu naturellement par la suite. Le premier pas que vous faites est le plus important. Dans mon cas, ce fut mes études.

Facebook est de loin la plateforme la plus utilisée dans ma communauté. J’aime l’utiliser, car elle me permet d’avoir un portrait d’ensemble de ce qui s’y fait et tout le monde y a accès. Cette visibilité entraîne par contre un autre défi : les opinions qu’une personne ou une organisation défend ou soutient sur Facebook peuvent lui nuire. Tout le monde veut le meilleur pour sa communauté. Il faut entretenir un climat positif si l’on veut créer un mouvement communautaire.

Jonathon : Étant plus âgé, j’utilise plutôt LinkedIn. C’est mon réseau social principal, surtout pour mes activités professionnelles. La plateforme me convient.

Comment les réseaux sociaux contribuent-ils ou nuisent-ils à vos efforts pour créer des liens avec les bonnes personnes?

Carter : Je crois qu’il faut se concentrer sur les aspects positifs. Devant un problème, mieux vaut focaliser sur des solutions sur les personnes ou les organisations impliquées. Il est plus facile de se mobiliser pour relever un défi que pour opiner dans le sens de ceux qui publient des commentaires négatifs sur une personne ou une organisation.

Jonathon : Il faut montrer son soutien, à tous les niveaux. Il faut essayer de publier des commentaires positifs, de souligner les bons coups, de relater des histoires inspirantes et même faire de la sensibilisation positive. Il important de mener des actions positives de communication et de sensibilisation à propos de ces tragédies. Ainsi, on axe le discours sur l’éducation et l’information plutôt que de lancer des accusations et d’exprimer son mécontentement.

Comment les valeurs autochtones influencent-elles le réseautage?

Jonathon : De manière générale, les peuples autochtones privilégient la collaboration. Leur processus décisionnel est généralement inclusif et vise à assurer que tout le monde est sur la même longueur d’onde. Les décisions importantes sont habituellement prises à l’unanimité. Certaines communautés vont parfois refuser d’aller de l’avant avec une décision si elles jugent qu’il n’y a pas assez de personnes pour l’appuyer.

La collaboration est une valeur dont il faut tenir compte dans nos activités de réseautage.

Carter : Les histoires font partie intégrante de ma communauté. C’est une méthode de communication informelle qui est moins courante, mais essentielle à mon avis. Entre particuliers, la communication informelle est souvent plus importante que les échanges formels.

Par exemple, un membre de ma famille pourrait me raconter une histoire interminable et sans aucun rapport à propos de la chute qu’il a faite en déneigeant son entrée. Ce sont ces échanges qui permettent de tisser des liens au sein de la communauté autochtone. On mettra plus fréquemment l’accent sur les contacts informels qu’on a eus avec une connaissance que sur un projet auquel on aurait collaboré avec elle.

Le télétravail a-t-il transformé votre approche du réseautage?

Jonathon : La réponse automatique est oui, nous progressons vers le virtuel. Nous utilisons Teams, Zoom, FaceTime ou Duo pour tenir nos rencontres, notamment nos réunions communautaires, et pour simplement converser. C’est la tendance qui se dessine. J’ai animé une réunion communautaire samedi dernier. Tout s’est passé en ligne.

Je crois qu’il faut encadrer ces collaborations afin que chacun soit visible et attentif et s’abstienne de fermer sa caméra pour n’être qu’un nom à l’écran. Il existe des méthodes pour maintenir l’intérêt de ses interlocuteurs en ligne, mais c’est difficile.

Dans l’ensemble, je crois que les autochtones préfèrent les rencontres en personne et les rassemblements. La pandémie et la situation mondiale compliquent les choses pour nos communautés. Elles ne peuvent pas tenir leurs potlachs, leurs pow-wows ou leurs grands rassemblements. Ces manifestations sont la fierté des peuples autochtones, car elles sont des représentations de leur culture.

Notre nouvelle réalité a eu des effets négatifs et donné lieu à d’énormes problèmes systémiques, mais il faut essayer de voir le bon côté des choses et de s’adapter aux changements. Nous nous sortirons de ce mauvais pas grâce à nos communautés.

Carter : La pandémie nous a fait passer des rencontres lors d’activités communautaires aux invitations sur LinkedIn ou Facebook pour échanger avec quelqu’un virtuellement afin de demander leur avis. Avant, tout était beaucoup plus naturel.

Comment les entreprises canadiennes peuvent-elles mieux interagir avec les communautés autochtones, dans un esprit de réconciliation?

Carter : Avant d’entamer une relation d’affaires, il faut absolument s’attarder aux particularités de ses partenaires. J’ai trop souvent été témoin de généralisations abusives.

Par exemple, j’ai travaillé avec une organisation qui supposait que les honoraires étaient réglés de façon identique pour toutes les communautés autochtones. D’après elle, sa manière de procéder avec un partenaire dans l’Est du Canada s’appliquait dans l’Ouest du Canada. J’ai dû rappeler à ses responsables que les communautés autochtones ne sont pas toutes les mêmes. Il faut avant tout faire preuve de compréhension.

Jonathon : Je crois que cet entretien est un excellent exemple. Carter et moi essayons de vous amener à comprendre la réalité autochtone, mais nous sommes très différents l’un de l’autre. En outre, notre point de vue n’est pas celui de nos nations dans leur ensemble ou celui de notre organisation. Nous ne sommes pas la voix autochtone de MNP. Je ne suis rien d’autre que moi-même.

C’est quelque chose que les entreprises doivent s’efforcer de comprendre, à mon avis. À cet égard, j’aimerais souligner le fait que MNP veille à concevoir des approches sur mesure et il le fait très bien.  Je suis très fier de travailler pour MNP. J’ai choisi le cabinet pour ses valeurs, son approche et sa compréhension des communautés autochtones.

Nous avons tous notre individualité. N’adoptez donc pas une approche uniforme. Tendez la main, soyez à l’écoute et faites preuve d’humilité.

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